Thèmes

Les disciplines actives en art et esthétique sont nombreuses: philosophie, épistémologie, sociologie, science de l’éducation, neurosciences cognitives, biologie, santé, ingénierie, physique, mathématique et la liste n’est que partielle. Le GDR inclura également des champs disciplinaires qui regroupent scientifiques et artistes dans des activités communes tels que l’architecture ou le design. La discipline pilier sont les neurosciences au sens large. Ci après sont présentées les thématiques principales qui ont émergés de cette période du fonctionnement provisoire du GDR courant 2013.

 

Thème 1. Réel, virtuel et esthétique. La réalité virtuelle est de plus en plus présente en sciences, en technologie, en art, en ergonomie et dans la vie de tous les jours. Les œuvres d’art peuvent être considérés comme une forme de réalité virtuelle spécifique. Dans ce thème, on croisera les aspects de création, de réalité virtuelle, d’art vidéo et d’art informatique, avec un savoir disciplinaire très pointu en neurosciences, y compris sur la physiologie sensori-motrice chez l’Homme. Les œuvres artistiques serviront de paradigme pour explorer la notion de présence versus immersion, capitale dans le monde de la réalité virtuelle. La continuité perceptive, l’immersion dans l’espace et le temps de l’œuvre ou de la réalité virtuelle pourront être étudiées par des spécialistes en informatique, musique, spectacles vivants, lettres, psychologie, philosophie, physique, biologie. Un premier atelier appelé « l’art du biofeedback » a eu lieu à l’IMERA (voir Annexes). Un groupe est déjà constitué autour de cet axe autour de Daniel Mestre (responsable du centre de réalité virtuelle méditerranéen), Claire Leroux, Olga Kisseleva, Chu-Yin Chen, Francine Thullier. Cette liste pourra être enrichie.

 

Thème 2. Neurosciences, spectacle du vivant et théâtre. Les expressions artistiques du théâtre et du spectacle du vivant impliquent l’être dans son intégrité et modulent l’interaction entre l’artiste et le spectateur. Elles fournissent une excellente configuration expérimentale pour tester les connaissances et les théories des neurosciences sur le contrôle du mouvement, l’empathie, le système des neurones miroirs, la cognition sociale, les émotions, etc.

Ce thème a été représenté lors de la journée Neurosciences Esthétique et Complexité en septembre 2013 et un groupe actif de chercheurs, artistes, et hybrides artistes-chercheurs a déjà été identifié (Jean Delsaux, Pascale Weber, Gabriele Sofia, Yannick Bressan). D’autres personnes ont également manifesté leur intérêt (Daria Lippi, Philippe Brunet spécialiste du théâtre antique). Ainsi, un groupe de recherche sera prochainement constitué avec l’objectif de mettre en place des projets de recherche scientifique et de création commune. Le labex INRéV dirigé par Marie-Hélène Tramus et Isabelle Moindrot, articulé avec le conservatoire national d’art dramatique pourra œuvrer pour le renforcement de ces connexions.

Les acteurs de ces recherches pourront participer à l’enseignement au sein du master Art-Thérapie de l’Université Paris Descartes ainsi qu’à l’Université de la Sorbonne ou dans d’autres structures universitaires en France. La considération des aspects neurobiologiques dans la mise en corps en en jeu d’acteur est un autre sujet passionnant, faisant l’objet des conférences internationales. Des séminaires couplés avec des animations voire même des expérimentations pourront être réalisés au cours de ce GDR, réunissant les acteurs de différents horizons.

 

Thème 3. Base neurale de la créativité. Cet axe se penche sur les processus cognitifs permettant l’émergence de la créativité. Les expressions comme « flou artistique », « art et folie » existent depuis des siècles : s’agit-il d’idées toutes faites ou bien existe-t-il un fondement objectif ? On ne crée certainement pas dans la stabilité et l’équilibre ; la rupture avec des normes, le mouvement, sont les bases de la création. Rappelons le dicton grec « Πєυία Τεχνας Κατεργαζεται » : le manque est à l’origine de la créativité et des inventions. Cet axe permettra une intégration des problématiques cliniques (comment certaines pathologies libèrent ou au contraire inhibent la créativité). Elle intéressera plusieurs disciplines au croisement de la médecine, linguistique, psychologie, histoire de l’art, philosophie, lettres, mathématiques, anthropologie. Nous ferons appel à des savoirs disciplinaires très pointus aux plans neurologique, psychiatrique et physiologique pour mieux comprendre les processus créatifs des artistes passés et présents.

Dans le cadre du GDR nous mettrons en réseau des groupes menant des recherches pionnières sur ces questions. Nous avons en France des spécialistes s’intéressant aux corrélats neuro-anatomiques et fonctionnels de la créativité et à la créativité artistique dans le cas de démence chez l’Homme (professeur Richard Lévy, Université Paris V, Emmanuelle Volle).

D’autres équipes s’intéressent au développement cognitif de l’enfant, son jugement esthétique et sa créativité. Sandrine Rossi (UMR 6232, Centre Cyceron, Caen) travaille sur le développement cognitif et neurocognitif du jugement esthétique en mettant l’accent sur la contribution des processus exécutifs d’inhibition. L’équipe de Z. Kapoula, après avoir étudié de façon approfondie les différentes formes de microdyspraxie (ex. déficit de coordination motrice binoculaire) sans doute liées à un dysfonctionnement du circuit magnocellulaire, développe maintenant des recherches sur la créativité de l’enfant dyslexique. L’idée, lancée par des neurologues spécialistes de la dyslexie (le professeur Stein à Oxford), est qu’il y a un déficit de la voie visuelle magnocellulaire qui serait compensé par un « hyperfonctionnement » et une forte connectivité de la voie parvocellulaire. Il en résulterait une capacité d’appréhension visuelle et d’expression spatiale artistique différente chez les dyslexiques, expliquant le talent artistique des dyslexiques, en particulier leur traitement visuel holistique. Corroborant cette hypothèse, il est établi qu’une grande majorité des élèves dans les écoles d’art et d’architecture sont dyslexiques. Il y aurait donc un substrat neural de la créativité basé sur un déséquilibre des sous-systèmes neuronaux. Une autre hypothèse proposée par le neurologue Chakravarty (Artistics talents in dyslexia, 2009, Elsevier), est que le retard du développement de l’hémisphère gauche traitant le langage chez l’enfant dyslexique aurait comme conséquence de désinhiber l’hémisphère non dominant du lobe pariétal (droit) et de faire ainsi développer des talents créatifs et artistiques chez la personne dyslexique. Ces recherches peuvent avoir des répercussions pour les actions pédagogiques renforçant la créativité et non pas seulement la rééducation des déficits, mais aussi pour le recrutement et l’avenir professionnel de ces enfants.

L’idée de déficit neuronal à l’origine d’une forme de la créativité a également été exprimée dans le cadre de la Journée Neurosciences Esthétique & Complexité (septembre 2013) et du colloque sur l’Art du Bofeedback (décembre 2013). Alain Londero, ORL à l’HEGP et chercheur associé au CNRS a su nous dévoiler le rôle de la fonction vestibulaire dans la peinture (création et perception) ; Christian Darlot (CNRS), partant de la fonction du Cervelet et de la modélisation computationnelle des réseaux neuronaux, a su éclairer le mystère concernant Auguste Renoir, qui dévasté par l’arthrose et les rhumatismes a poursuivi son œuvre en peignant avec ses doigts gravement déformés.

Ces approches différentes mais complémentaires pourront continuer un point de départ pour former un groupe de réflexion et de recherche plus élargi dans le cadre de ce GDR sur l’handicap créateur.

 

Thème 4. Biologie évolutionnaire, mathématique, émotions et esthétique. De nouvelles théories sur l’émergence de l’esthétique au cours de l’évolution et la prédiction de son développement, sur les structures formelles de la génération artistique (par exemple mathématiques et musique) et sur les mécanismes émotionnels liés à l’expérience primaire de l’esthétique ou son interprétation consciente au cours du développement se développent actuellement. Cet axe pluridisciplinaire est déjà abordé par un ouvrage collectif en préparation financé par le GDR qui sera édité par Zoï Kapoula, Louis-José Lestocart et Jean-Paul Allouche aux Editions CNRS. Cet ouvrage intitulé « Esthétique et complexite II, neurosciences, évolution, épistémologie et philosophie » fait suite au livre « Esthétique et Complexité » publié en 2011. Il comportera à la fois des textes issus du Cycle de conférences du groupe “Esthétique Complexité Expérimentation & Modélisation” s’étant tenues en 2010 et 2011 au sein de l’Institut des Systèmes Complexes (Paris Ile-de-France) ; ainsi que quelques textes choisis du Colloque Darwin (« Art, culture, théorie de l’évolution », IMéRA, octobre 2009). Au cours du GDR, de nouvelles journées sollicitant des experts nationaux et internationaux seront consacrées à ces thématiques. Ces journées pourront à nouveau se concrétiser autour de publications collectives synthétisant l’aboutissement le plus récent de la pensée scientifique et artistique. Dans l’objectif de promouvoir la multisensorialité et la multidisciplinarité, Andreatta Moreno organise une journée “Modèles formels dans et pour la musique pop, le jazz et la chanson”. Cette initiative permettra de croiser le GDR avec l’équipex de Yann Coello « Visual Studies » et Le Fresnoy, créant de nouveaux liens transdisciplinaires entre des approches visuelles et musicales (voir annexe)

 

Thème 5. Epistémologie de l’esthétique. Cette approche va à l’encontre d’une acceptation réductionniste des neurosciences et de l’intelligence artificielle et propose une hypothèse dynamique. Cette culture non linéaire, caractérisée en particulier par les notions de cognition située, distribuée et incarnée, touche aussi bien la sociologie, la biologie, la robotique, la psychologie développementale et comportementale que les neurosciences (neurodynamique). Les concepts issus de la physiques et adaptées à la biologie telles que l’auto-organisation, les modèles des systèmes dynamiques avec leurs notions d’attracteur, de cycle limite, de stabilité, de bifurcation, de transition de phase, ou d’hystérésis, parfois revendiquées par les artistes eux-mêmes, ont pu être appliqués pour étudier la perception des œuvres d’art et le comportement. Des journées croisant les neurosciences sur les oscillations cérébrales, l’imagerie cérébrale et des points de vue philosophique, physique et épistémologique pourront être organisées avec la participation de Louis-José Lestocart et autour de sa pensée. Par ailleurs, un débat sur la controverse autour de l’apport des neurosciences dans l’art est en cours d’élaboration pour printemps 2014 avec une action commune impliquant le GDR Esars et le labex INRéV (responsables I Moindrot & MH Tramus).

 

 

Thème 6. Esthétique & Complexité : impact physiologique des œuvres d’art.  Il s’agit d’étudier les corrélats physiologiques de la perception active d’une œuvre d’art ; de tenter de déterminer comment les corrélats moteurs de l’observateur (ex. ses mouvements des yeux) correspondraient à la physiologie motrice de l’artiste lors du processus de création. Voir une œuvre d’art implique une immersion, et sans doute une action. La construction spatiale d’une œuvre d’art, sa géométrie, son mouvement, l’impact de ses dimensions à l’observateur, qu’il soit naïf ou entraîné sont des thèmes de recherche intéressants de plusieurs disciplines (psychologie, neurosciences, philosophie, ingénierie). La sensation primaire provoquée par l’œuvre peut être étudiée par des eye-trackers captant les mouvements du regard, par des capteurs des accélérations et des oscillations du corps, par des capteurs émotionnels (cardiaques et réponses épidermiques). Enfin des techniques de pointe en neuroscience cognitive comme la stimulation transcrânienne magnétique (TMS) peuvent être utilisées pour investiguer l’impact des œuvres d’art, par exemple des images bistables induisant différentes perceptions. Dans cet axe, nous œuvrerons pour aller encore plus loin, via l’application aux œuvres d’art des différents paradigmes d’expérimentation et de mesures physiologiques existant en laboratoire, et ceci sans réductionnisme cognitiviste.

 

Une réflexion au sujet de « Thèmes »

  1. I am an art historian, interested in the viewer’s experiential dimension of aesthetic processing. I have applied applied Cognitive Poetics, Neuroaesthetics and Affect Theory to viewer’s experience of 19th-21st century art and architecture, from Baudelairean “painters of modern life” to Installation art works.

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